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On pourrait croire l'agriculture à l'abri de ce raisonnement centralisateur.
Mais il n'en est rien !
La seule entreprise agricole qui aujourd'hui soit considérée comme viable doit absolument regrouper la surface la plus importante possible ou comporter le plus grand nombre possible de têtes de bétail. Normal, diront les "spécialistes". Pour "faire" de l'argent, il faut investir dans de couteuses machines qu'il faut bien rentabiliser.
Et la course à l'échelle est là aussi lancée !
Puisque j'ai acheté une grosse machine, je peux posséder plus de terres. Je possède beaucoup de terres, il me serait utile de posséder une plus grosse machine... C'est ainsi que nombre de petites entreprises agricoles se sont vues prises au piège du cercle vicieux et infernal de la course à la production pensant très honnêtement que c'était la seule solution.
C'était en effet la seule qui leur était proposée, conformément à l'intérêt de quelques marchands, prisonniers eux aussi ce cette culture du chiffre chère aux centralisateurs ! Certes, la production ayant augmenté, les revenus se trouvent augmentés eux aussi, mais, souvent insuffisamment pour assumer le remboursement des crédits nécessaires à l'évolution et faire face aux frais, eux aussi proportionnels à l'échelle ! Alors, le nombre des petites entreprises agricoles ne cesse de diminuer, entraînant la diminution du nombre des emplois, entrainant la désertification des campagnes, entrainant la surpopulation et la centralisation dans les villes.
Certains auraient pu penser que la centralisation en agriculture pouvait être créatrice d'emploi, de richesse, de confort, de sécurité, bref de tout ce que peut promettre la perspective d'une organisation d'avenir. Là comme ailleurs, la démonstration du contraire est sans appel. Tous les résultats vont à l'opposé de l'objectif. Seuls quelques individus parviennent en s'appuyant sur des méthodes contestables, à survire et quelquefois à prospérer. Mais leur nombre est extrêmement limité si l'on lui oppose celui des échecs, faillites, abandons et même suicides !
Mais, même connaissant ces conclusions, les plus éminents analystes ont le plus grand mal à admettre que la taille idéale n'est pas forcément la plus énorme ! On trouve encore nombre de conseilleurs préconisant la concentration ou la centralisation et au moins le groupement comme solution, même pour des entrepreneurs ayant choisi la voie de l'agriculture "biologique" (mais existe-t-il une agriculture qui ne serait pas biologique ? Mécanique ou chimique peut-être ?), qui pourtant devrait être le fer de lance de la modernité !
Un autre exemple des centralisations de la campagne est celui des élevages intensifs de porcs ou de volailles. Peu importe que la terre ne parvienne pas à absorber et filtrer les déjections de cette forte concentration animale, on laisse tout cela partir à la mer où les élevages d'huitres sont contaminés et même détruits ! On néglige la pollution de l'air, des sols, de l'eau et la production de méthane, ce dangereux gaz à effet de serre, qui deviennent très préoccupants dans les régions d'élevage intensif de bovins aux Etats Unis par exemple, mais tout ceci préoccupe bien peu !
Il faut bien nourrir l'humanité, opposera-t-on à ce constat !
Il est bien dommage que pour nourrir l'humanité,
on aille inéluctablement vers sa destruction !
Cette centralisation des moyens de production
est-elle vraiment appropriée,
nécessaire, utile à l'humanité ?
Vaut-elle le prix que l'on doit payer ?