Musique, Culture, Langue, Mediaphobie...
La communication souffre d'une maladie grave. Je l'ai nommée "Médiatite".
Ce néologisme tente d'exprimer une altération chronique de la vérité des informations délivrées par les médias et une hypertrophie des absurdités infimes et invisibles, tendant à fausser le jugement de leurs auditeurs.
Fut un temps où ce qui paraissait dans les journaux, ce qui se disait à la radio ou à la télévision, principaux médias de cette époque, était considéré comme la référence. Aucun doute sérieux ne venait remettre en cause la véracité de l'information donnée. Les journalistes tentaient de faire en sorte que la parole "officielle" soit transmise par leurs médias avec le moins de distorsion possible.
Aujourd'hui, nos moulins à paroles considèrent que l'information ne peut plus être communiquée dans son état originel. Ils pensent probablement que l'auditoire n'est pas suffisamment "intelligent" ou trop pressé pour la recevoir dans sa simple vérité. Ils se sentent l'obligation de lui donner un format acceptable par la "masse" de leurs "victimes", clientes de leur service. Mais, ce qui est plus grave, c'est qu'ils sont certains que leurs interlocuteurs leur servent nécessairement un discours artificiel, masquant une vérité sous-jacente non dite. Les médias considèrent, de ce fait, que la communication doit être "décryptée", "interprétée" ou "formatée" par leurs soins pour en extraire une hypothétique vérité et en faire "l'information"..
Comme notre moulin considère que la vérité a été masquée par son interlocuteur, il tentera d'expliquer ce que cet interlocuteur "voulait dire" ou "ce qu'il entendait par là". Il utilisera souvent aussi la formule "autrement dit", qui suppose que ce qui a été dit n'est pas la vérité que son interlocuteur avait en tête lors de sa réponse. Un journaliste précisera souvent "en clair" pour introduire sa version des faits, ce qu'il imagine être la vérité cachée derrière les propos tenus. Comme si tout ce qui se dit était rendu confus dans le but de cacher une vérité autre, et nécessitait un éclaircissement assuré par le seul spécialiste du décryptage, le seul capable de déloger la vérité parmi la confusion : le journaliste !
Partant de ce principe, le journaliste, considérant ce qu'il entend comme un simple rideau devant une vérité cachée, va tenter de débusquer les vraies paroles, celles qui se trouvent dissimulées derrière ce qu'il considère être un discours de façade. Et l'on pourra ainsi les voir ou entendre tenter de faire dire à leurs interlocuteurs toutes choses que ces derniers ne veulent pas dire soit parce que cela ne présente aucun intérêt, soit parce que c'est inexact soit parce que c'est contraire à leur conviction. Dès que le journaliste aura obtenu l'extraction de "derrière le rideau" de quelque mensonge, banalité ou encore de propos suffisamment différents de ce qui est habituellement énoncé, il criera victoire et sera convaincu de détenir enfin la vérité tant convoitée, puisqu'il a eu tant de mal à l'extraire du flot de ce qu'il considère comme "les mensonges" de la parole de premier plan.
Par ce système pervers, ce qui aurait dû être l'information est devenu l'art de la mise en valeur du caché, du banal, du sordide et du mensonge. C'est ainsi que les propos les plus inexacts peuvent être présentées par les médias comme des vérités de base incontournables. C'est ainsi que l'intimité, à laquelle chaque humain devrait avoir droit, est systématiquement violée par nos moulins pour la fabrication de la seule vérité qui compte à leurs yeux, la leur !
Un autre moyen de "fabriquer" de l'information vendable, c'est de partir de ... rien !
Combien de fois en effet entendons-nous "le ministre n'a rien déclaré à sa sortie de la réunion mais..." ou "rien n'a filtré, mais nous croyons pouvoir dire que..." et bien d'autres non-informations de ce type. Cette vacuité de la réalité n'empêche pas le moulin de tourner et d'interpréter longuement le silence comme un élément lourd de signification !
Comment peut-on supporter de telles manipulations ?
Il faut leur reconnaître, l'adresse de nos moulins à paroles leur permet de nous faire parvenir ces produits fabriqués sans que nous en connaissions les ingrédients. Certains même ne sont plus conscients de faire fausse route et appliquent, de bonne foi, la tactique professionnelle en vogue sans se poser plus de questions.
Comme il est compliqué aujourd'hui de simplement s'informer !